Depuis le tout début de ma pratique artistique, j'ai toujours travaillé en silence, en rédigeant des mots sur des bouts de papier : des mots appartenant à ma mémoire, souvent décontextualisées, qui ne racontaient rien d’exceptionnel. J’ai écrit et accumulé ces fragments de souvenirs au quotidien, les conservant pêle-mêle sur mon bureau, dans mes tiroirs, sur ma table de cuisine ou de chevet, c’est selon. J’ai collectionné et classés ces mots, je les ai tournés et retournés jusqu’à ce qu’ils arrivent à parler d’eux-mêmes, à parler ensemble. Les textes ainsi produits me suggéraient ensuite des images, des modes de présentation – et parfois rien du tout.

Le travail avec ces couches successives de mémoire, l'effort pour construire des images claires à partir d'impressions confuses, les liens établis entre des idées disparates et la perte induite par l'oubli : toutes ces notions m'ont ensuite amenée à chercher, dans le monde extérieur, des phénomènes rappelant ces processus internes, à la fois invisibles et silencieux.

C’est donc par la mémoire que je suis arrivée au silence, ma recherche artistique s'étant graduellement précisée vers un désir de pointer des processus a priori invisibles ou inaudibles, comme un besoin d’ausculter différents types de silences ou de vides pour en relever le contenu. Par divers protocoles de traduction ou de transcodage, qui convoquent à la fois les mondes de l’art et de la science tout en entretenant un lien étroit avec la question de l’archivage, mon travail tente de faire contact entre le perceptible et l’imperceptible ; une recherche qui soulève implicitement le sujet du flux, qui apparaît au premier abord comme un processus continu et autonome. Ma démarche consiste donc, en quelque sorte, à détourner quelques-uns de ceux-ci pour en faire le récit à travers le langage, d’où en jaillit une certaine forme de narration. ​​​​​​​