THIS IS MAJOR TOM TO GROUND CONTROL [2012]
Installation générative (imprimante matricielle, moniteur vidéo, bancs rétroéclairés, papier)
Dimensions variables

Un générateur de texte aléatoire est contrôlé par la réception et l’analyse d’ondes radio provenant du cosmos, captées par un radiotélescope de l’Observatoire de Paris. Dans l’installation, on entend d’abord le son de ces ondes, une sorte de grésillement plus ou moins agité résultant de leur transposition en fréquences audibles. Le texte généré par le programme informatique dédié est ensuite récité par une voix de synthèse, puis imprimé en continu sur une imprimante matricielle de manière à créer une archive infinie des messages reçus du cosmos.


Une coproduction Le Fresnoy – Studio national d'arts contemporains et Ville de Tourcoing

Ce projet a été réalisé en partenariat avec le groupe EU-HOU (Hands-On Universe Europe, Université Pierre et Marie Curie, Observatoire de Paris), l'équipe de recherche Mostrare (Universités Lille 1 et Lille 3, LIFL UMR CNRS 8022, INRIA Lille Nord-Europe) et Acapela Group. Il a aussi bénéficié du soutien de la Ville de Tourcoing dans le cadre d'une bourse de production destinée à la réalisation d'une oeuvre dans l'espace public.

Conception : Véronique Béland 
Programmation : Guillaume Libersat
Design sonore : Sébastien Cabour
Conception décors : Sophie Laroche (d'après une idée de Véronique Béland)
Vocalisation : Acapela Group


«Sommes-nous seuls dans l’univers? On serait prêt à parier que non. Trois possibilités s’offrent à nous pour repérer d’éventuelles formes de vie : envoyer des sondes, envoyer des ondes, recevoir des ondes. Envoyer une sonde dans l’espace, c’est un peu comme envoyer une fourmi dans le Sahara en espérant qu’elle atteindra Tombouctou, dont elle ne connaît pas l’emplacement. Quatre disques contenant des dessins gravés et des messages enregistrés (voix, musique...) ont cependant été embarqués à bord de sondes spatiales. Mais pour qu’une civilisation parvienne à repêcher les sondes dans le vide interstellaire, il faudrait qu’elle soit bien plus dégourdie que la nôtre.

Envoyer des signaux radio est plus rapide, mais très hasardeux. En 1974, un premier message radio à grande puissance a quitté un radiotélescope terrestre en direction d’un amas d’étoiles, où il arrivera dans 24 000 ans. Nous pouvons dormir longtemps avant de recevoir une réponse.

Pourquoi ne pas plutôt écouter les émissions radio que certaines civilisations pourraient diffuser étourdiment? C’est l’idée du programme SETI : ouvrons les oreilles et écoutons ce que l’espace nous dit. Depuis son démarrage au début des années 1960, le programme n’a rien donné. Silence radio pour ce qui concerne les émissions "intelligentes".

Mais alors, pourquoi ne pas faire parler d’une autre façon les émissions radio « non intelligentes »? Tel est le projet de Véronique Béland : interpréter les données cueillies par les radiotélescopes de l’Observatoire de Paris à l’aide d’un générateur automatique de textes aléatoires. Grâce à une voix de synthèse qui le récite en temps réel, le texte devient alors la « voix de l’Univers ». On notera le côté "oulipien" de l’entreprise : un texte est généré à partir d’un algorithme, qu’il soit mathématique ou issu de données astronomiques retraitées par un logiciel. Comme l’écrivait le mathématicien François le Lionnais, fondateur de l’Oulipo, "il n’est jamais aisé de discerner à l’avance, à partir du seul examen de la graine, ce que sera la saveur d’un fruit nouveau". Gageons que les pommes d’or du cosmos bientôt recueillies auront au moins la saveur de l’inattendu.»
 
Jean-Pierre Luminet, mars 2012