LE VIDE DE LA DISTANCE N'EST NULLE PART AILLEURS [2016]
Recueil de poésie spatiale
sun|sun éditions
13 x 18.5 x 1.5 cm
29€

Au croisement des arts, des sciences et de la littérature, Le vide de la distance n'est nulle part ailleurs est le prolongement éditorial papier de l’installation générative This is Major Tom to Ground Control (2012), un générateur de texte aléatoire contrôlé par la réception et l'analyse d'ondes radio provenant du cosmos.

Le livre doit son titre à la toute première phrase produite par ce dispositif en 2012. Dès lors, la tentation fut immédiate de plonger dans le flot torrentiel des mots de la machine pour aller à la rencontre de ce qui brille, pour chercher la magie entre les lignes. En 2013, une résidence d’artiste me permit la lecture des 27 757 pages imprimées jusqu’alors par l’installation : une performance de 45 jours consécutifs où j’ai peu à peu perdu la notion du temps, posant éternellement le même geste, revivant éternellement la même minute. Pendant ces 45 jours, la durée est devenue un espace, un temps vertical où le début ne se distinguait plus de la fin. Il n’y avait plus aucune différence entre les instants, qui se sont accumulés sous mes yeux dans un mouvement de surimpression. Seuls les fragments de texte conservés, patiemment retranscris, permettaient de résister à l’impression de relire constamment la même page. 

J’ai lu comme pour apprendre à parler, en incorporant une voix qui n’appartenait à personne – ou alors à tout le monde. Puis, j’ai construit avec le langage comme d’autres s’a±airent à ériger des monuments : en n’usant que de matériaux bruts. C’est ainsi que les 11 545 fragments que j’avais conservés de ce corpus spatial furent patiemment assemblés, dans un jeu d’essai-erreur et de copier-coller qui a duré près de deux ans : une manière de fabriquer du sens à partir d’éléments disparates, en dessinant, pas à pas, un trajet entre les traces amassées. 

Les premiers feuillets du recueil semblent rappeler un ciel nocturne parsemé d’étoiles, s’illuminant au fur et à mesure que le regard s’habitue à l’obscurité. Alors que la noirceur de la voûte céleste pourrait marquer l’absence d’astres visibles dans notre horizon cosmologique, ici, le noir n’incarne pas le vide : au contraire, il représente un surplus d’informations, une masse informe composée du texte brut provenant de l’installation, condensé jusqu’à apparaître en surimpression. Puis, le mouvement qui balaie la surface du papier permet d’accéder au coeur caché des choses : une expansion rappelant curieusement celle de l’Univers et qui, progressivement, dévoile le manuscrit dont la mise en forme évolue comme en apesanteur dans l’espace de la page. En écho à ces ondes invisibles qui parcourent inépuisablement l’Univers, ce que l’on croyait vide est plein; il suffisait d’apprendre à l’orchestrer pour en révéler le contenu.


Conception graphique : Crystelle Bédard
Édition : Céline Pévrier
Correction : Angélique Joyau

Une coédition sun|sun éditions et Bipolar production inaugurant la collection Les Immatériels, qui propose une extension éditoriale d’installations multimédias issues d’une relation arts et sciences. Ouvrage coproduit par Rurart - centre d’art contemporain, avec le concours du Fonds de dotations agnès b.